Contexte et objectifs
La transition énergétique et numérique repose sur une demande croissante en matières premières minérales, en volume comme en diversité — une situation qui place l'Europe face à des défis stratégiques majeurs d'approvisionnement, comme en témoigne l'adoption du European Critical Raw Materials Act (CRMA). Pourtant, les enjeux liés aux matières premières et leur lien avec les objets du quotidien restent largement méconnus du grand public, ce qui limite la capacité des citoyens à participer de manière informée aux arbitrages à venir.
Ce déficit de connaissance s'accompagne d'un déclin de l'attractivité des formations en géosciences : les inscriptions en licence ont baissé de 15 % entre 2019 et 2023 (source : Le Monde, 28 mai 2024). Si cette tendance s'explique en partie par la réforme de l'enseignement général, les géosciences souffrent aussi d'un déficit de notoriété propre, lié aux stéréotypes négatifs associés à l'extractivisme, à la concurrence de filières plus médiatisées et au manque de reconnaissance du sous-sol comme bien commun à gérer durablement. Lycéens et enseignants du second degré sont ainsi peu sensibilisés au rôle des géosciences dans la sécurisation de l'eau potable, la prévention des risques naturels, le développement de la géothermie, ou encore la caractérisation des ressources minérales nécessaires à la transition bas-carbone.
Face à ce constat, SensMaTer entend poser les bases d'un changement durable de représentation du sous-sol, en le faisant passer d'un objet scientifique perçu comme complexe et déconnecté à un enjeu de société à part entière. L'objectif est de promouvoir une culture partagée entre chercheurs et citoyens, et de contribuer à la formation d'une nouvelle génération de professionnels porteurs d'une vision du sous-sol comme patrimoine commun. Le projet combine pour cela des actions de sensibilisation — diffusion de connaissances scientifiques replacées dans une perspective culturelle, historique ou paysagère, parfois sous forme d'interventions artistiques — et des actions de formation ciblant lycéens et enseignants, expérimentées sur des territoires pilotes contrastés : urbains, ruraux, industriels et naturels.
Quatre projets complémentaires
Fresque des métaux et atelier 10 tonnes
Ce premier projet propose deux outils participatifs de sensibilisation aux flux de matière et d'énergie du métabolisme social, destinés au grand public comme aux scolaires, industriels et décideurs.
La « fresque des métaux », construite sur le modèle de la Fresque du climat, s'appuie sur des cartes informatives donnant à voir le cycle de vie des métaux — de la géologie des gisements jusqu'au recyclage, en passant par les usages et les impacts environnementaux.
L'« atelier 10 tonnes », conçu sur le modèle de l'atelier 2 tonnes consacré au bilan carbone, s'appuiera ensuite sur ces mêmes cartes pour faire calculer aux participants leur empreinte matière et énergie à partir de leurs choix de scénarios de transition énergétique, avant une diffusion nationale prévue à terme.
Le sous-sol, un enjeu contemporain et des métiers pour demain
Ce deuxième projet, vise à susciter des vocations en géosciences, notamment féminines. Il se décline en deux volets complémentaires :
Une formation de deux jours pour les enseignants du second degré, pensée pour dépasser les cloisonnements disciplinaires (SVT, physique-chimie, SES, histoire-géographie, philosophie) et déployée d'abord dans l'académie d'Orléans avant de s'étendre à Grenoble et Rennes.
Un SchooLab, porté avec le CCSTI La Rotonde, qui connecte des classes de lycéens aux réalités professionnelles du sous-sol à travers des projets coopératifs annuels, restitués sous des formes libres — journal télévisé, exposition, bande dessinée, émission de radio.
Patrimoine du sous-sol
Ce projet cherche à faire dialoguer géologie, paysages, industrie et patrimoine. Il prendra la forme d'un spectacle vivant itinérant, né d'une résidence d'artistes sur deux sites pilotes aux histoires contrastées — le Parc naturel régional et Géoparc mondial UNESCO des Causses du Quercy, marqué par l'exploitation historique des phosphatières, et le bassin houiller de Saint-Étienne, façonné par l'extraction du charbon et ses crassiers. Cela comprend également l'installation de QR codes informatifs sur trois monuments historiques parisiens conçus avec le Laboratoire de recherche des monuments historiques pour révéler l'origine géologique des matériaux de construction de la capitale.
Exposition itinérante « Le sous-sol dans nos mains »
Il vise à réunir les productions des trois autres projets au sein d'une exposition itinérante grand public, en particulier destinée aux collégiens et lycéens, organisée en six étapes autour d'un objet emblématique du quotidien : le smartphone, ses ressources géologiques, ses impacts et les alternatives durables envisageables. L'exposition sera d'abord testée à Grenoble, où l'Observatoire des sciences de l'Univers dispose déjà d'un hall muséographique ouvert au public, avant d'être diffusée vers d'autres territoires et d'autres réseaux — bibliothèques, CCSTI, associations.
Organisation du projet
Organisation du projet SensMaTerre
projet SensMaTerre