Trois jours à la croisée des sciences et des arts
Présentations scientifiques, projection cinématographique, représentation théâtrale, exposition, ateliers : le format des journées SAGA a délibérément mêlé les langages pour aborder un objet difficile à saisir — le sous-sol — dans un contexte de transitions écologiques et sociales profondes. Le programme « Sous-sol, bien commun » a soutenu cet événement à travers l'équipe du chantier régional Massif Central, engagée dans la construction d'une approche réellement transdisciplinaire. Un pari qui rejoint directement l'ambition des journées : croiser les regards scientifiques, sociaux et artistiques pour appréhender le sous-sol comme un bien commun, au-delà des seules grilles de lecture techniques ou économiques.
Un espace pour prolonger la démarche
Les échanges ne s'arrêtent pas avec la clôture des journées. Un carnet de recherche a été ouvert sur la plateforme Hypothèses.org pour recueillir et capitaliser les contributions présentées à Toulouse. Il s'inscrit dans une dynamique plus large de recherche-création engagée depuis 2023 au sein du Réseau des zones ateliers du CNRS, autour des socioécosystèmes. Cette démarche vise à « rendre sensible » les connaissances scientifiques sur les enjeux socioécologiques actuels, pour leur donner une portée sociale et politique plus large. Le carnet propose également des ressources bibliographiques et méthodologiques pour celles et ceux qui souhaitent approfondir le sujet.
Les contributions publiées dans le carnet :
- Habiter (ou non) un monde radioactif : entrer dans le trouble quantique. Un géographe de la zone critique et un photographe à la chambre croisent leurs regards sur la radioactivité, où science et photographie éprouvent ensemble leur besoin mutuel de nouveauté
- Le sous-sol entre invisibilité, apparitions esthétiques et horreurs : les mines, une vision loin des communs. Une réflexion sur les régimes de visibilité — savant, esthétique, fictionnel — qui déterminent nos usages du sous-sol, et sur l'invisibilité structurelle de la mine dans l'imaginaire collectif
- Arpenter la Zone : jeux de résonance entre enquête photographique documentaire et fiction cinématographique. Une enquête géo-photographique sur l'ancienne mine d'uranium des Bois Noirs mise en résonance avec le film Stalker d'Andreï Tarkovski, autour des stratégies de représentation d'une pollution invisible
- Contributions arts-sciences au projet Napalair. Le témoignage de deux artistes impliqués dans la restitution de données scientifiques sur l'aquifère de basse Ariège, et sur la question de représenter l'invisible
- Mesurer l'impact de l'art sur la conscience environnementale. Le projet MIACE explore l'art comme moyen de communication émotionnel et sensible pour engager les publics sur les enjeux climatiques et de biodiversité
- Atelier « sonder la transition énergétique en Occitanie ». Issu du projet ASECT, cet atelier croise chimie des procédés, géologie et sociologie politique autour de la stratégie régionale de transition énergétique. Les porteurs du chantier Massif central sont à l’initiative de son élaboration et sa mise en œuvre
- The Crazy Crowd en territoires uranifères. Entre traduction graphique et appropriation d'univers qui ne sont pas les siens, voilà le récit d’une artiste sur le processus de création d'une affiche et d'un dessin pour l’école 2026 du Réseau des zones ateliers mettant au centre de ses réflexions, les ressources du sous-sol
- Un sous-sol en commun ? La place de ce milieu dans un contexte de transition. Une analyse des enjeux de gouvernance démocratique et de justice environnementale posés par un sous-sol fortement technique et capitalistique
- Culture Bains, une approche sensible de l'eau thermale. Présentée par une actrice du territoire auvergnat, l'eau thermale y apparaît tour à tour comme matériau, donnée scientifique, mémoire géologique, paysage ou patrimoine — un laboratoire territorial de recherche-création
- Roches et tocs d’Armorique : une résidence artistique au laboratoire Géosciences Rennes
- Comment un dialogue avec les non-humains est-il possible ? Le projet CHÔRA, mené autour des sources minérales radioactives de Sainte-Marguerite (Puy-de-Dôme), réunit une artiste-chercheuse, une écologue microbienne et une sociologue de l'environnement pour comprendre les liens de résonance entre des habitants et l’eau qui circule et se minéralise dans les profondeurs
Ces dix contributions dessinent, ensemble, une cartographie sensible du sous-sol — entre matière, mémoire et imaginaire. Le carnet reste ouvert pour accueillir de nouvelles publications.